le dernier rush

mes derniers kilometres en Chine, Chine part 11 (Yunnan) Kunming → Mohan 14/09/2010 → 27/09/2010

Cette fois je m'elancais pour ce qui devait etre ma derniere viree en Chine, plus d'extension de visa possible je devais me presenter a la frontiere laotienne le 28 septembre au plus tard. En fonction des conseils que m'avaient donne Martin et Jean Noël, les cyclistes allemand et suisse rencontres a Kunming, j'avais l'intention de clore en beaute mon parcours en Chine en empruntant une route provinciale 214 qui s'ecartait completemment de l'axe autoroutier principal qui menait a la frontiere laotienne. Le trajet devait etre plutot costaud egalement, notamment dans l'extreme sud du Yunnan ou les deniveles faisaient peur sur le papier. Mais j'estimais qu'en un peu moins de 2 semaines j'avais suffisamment de temps pour emprunter un itineraire sortant des sentiers battus et plus sauvage, meme si je devais passer quelques journees a pousser le velo.
Je quittais Kunming plus facilement que Chengdu meme si je devais faire demi tour 2 ou 3 fois en peripherie. La voie a prendre etait plus evidente car il y avait une petite chaine de montagne sur la gauche et le grand lac sur la droite. Au bout de 2h je cassais un rayon de la roue arriere … je ne pensais pas amortir d'entree de jeu mes achats de materiel de Kunming ! Les alentours du lac au sud de Kunming etaient particulierement moches et j'etais ravi de quitter la place pour m'engager dans une petite vallee vers le sud est, ou commencait la route 214. A peine sorti de la grande ville je pedalais tranquillement dans une vallee agricole mais suffisamment boisee a mon goût, je ne regrettais pas ce choix d'itineraire. Le lendemain je redescendais vers les autres grands lacs au sud est de Kunming et j'avais tout de suite moins envie de m'attarder dans des secteurs tres industriels et d'agriculture sous serre intensive. En continuant vers le sud la route 214 devenait parallèle a une voie rapide dans l'ascension vers Jiangshang et je m'engageais sur l'autoroute par facilite, de toutes facons il n'y en avait que pour 50 km tout au plus. Cette vallee la n'etait pas deplaisante et je quittais l'autoroute pour bivouaquer en foret avant la redescente. Le 3eme jour j'attaquais les choses serieuses en suivant la 214 pour rejoindre Yuanyang 100km plus loin. Au programme une succession de montees et descentes sous la pluie dans un massif assez peu peuple et surtout une interminable redescente sur Yuanyang au fond de la vallee ou coulait le fleuve du meme nom. Je desendais sur une route completement niquee de 1700 a 300m d'altitude en passant des forets de sapins aux bananiers, de la relative fraicheur a la fournaise humide.

La descente fut particulierement eprouvante pour moi et mon velo egalement tellement la route etait defoncee: de mon cote j'avais des ampoules aux mains le soir a force de serrer les freins pour ralentir et eviter les incalculables nids de poule tandis que cassais un nouveau rayon de la roue arriere et avais une crevaison de la roue avant ! Le soir je fis l'effort de remonter quelque peu l'autre versant pour dormir au dessus de Yuanyang posee sur le fleuve rouge. La vue etait magnifique mais il faisait une chaleur a crever toute la nuit: au petit matin je pouvais essorer mon drap de soie tellement j'avais transpire durant mon sommeil ! En repartant j'avais un programme plutot sportif, a savoir remonter jusqu'à 1800m d'altitude. La chose n'etait pas particulierement aisee meme en partant a la fraiche. Je grimpais les lacets sans avoir a descendre du velo mais je soufflais comme un boeuf et surtout je degoulinais de sueur comme une fontaine. En tout cas le cadre etait vraiment magnifique, avec a nouveau la vegetation exubérante tropicale qui se maintenait sur les parois rocheuses du vallon. J'en chiais, mais ca en valait le coup indeniablement. Puis vint le drame. Alors que je montais depuis un peu moins de 4h et que je n'avais pas fait la moitie de l'ascension, un craquement sec en provenance de ma roue arriere me signalait une grosse avarie: non seulement j'avais pete 2 rayons mais l'axe de la roue arriere etait completement tordu et les billes du roulement s'etais barrees. La pour le coup c'etait la grosse merde, je ne pouvais pas reparer car il me fallait tout changer … et il n'y avait guère qu'a Kunming, dans les quelques boutiques specialisees pour cycles, que je pouvais esperer trouver un nouvel axe. C'est l'ennui quand on roule avec un velo pas cher, ca casse plus rapidement !


Je trouvais des types en pick up qui acceptaient de me benner moi et mon velo jusqu'à Yuanyang et de me deposer a la gare routiere. Ensuite il m'a fallu negocier comme un marchand de tapis pendant 1h (tout en gestuelle, car personne ne parlait anglais!) pour trouver un bus dont le chauffeur accepte de m'embarquer sans me faire payer de supplement pour le velo. 4H plus tard j'arrivais de nuit a la gare routiere sud de Kunming … a 15 km de l'auberge de jeunesse ou je comptais retourner (il y avait au moins 2 boutiques de velos tout proches ou j'avais pris mes pieces detachees). Je marchais sur le perif sud avec mon sac a dos sur les epaules, mon sac a bouffe et outils en plus de la roue arriere dans la main droite tandis que je tirais mon velo par la selle de la main gauche. C'etait hyper crevant, j'avancais tres lentement et ca risquait de me prendre toute la nuit pour rejoindre l'AJ. Et puis 2 flics dans un petit vehicule electrique s'arretaient a ma hauteur, pour une fois j'etais content de les voir ! Ils etaient un peu emmeches et puaient l'alcool de riz a 100m mais apparement ils voulaient m'aider. Je chargeais la voiturette de tout mon merdier et ils me conduisirent a un commissariat du coin. Le commandant avait l'air moins avenant et me parlait d'hotels a proximite (comprendre des trucs 3 etoiles qui coutent un bras) je tachais de le convaincre que je devais me rendre a l'AJ pour reparer mon velo. Pour faciliter la requête, je sortais l'artillerie lourde en dégainant mon canard de Chengdu avec l'article me concernant rangé dans les chroniques des victimes des glissements de terrain de Yinxhiu. Peu de temps apres, j'etais assis a l'arriere d'une bagnole de police avec mon velo dans le coffre, en route pour l'auberge de jeunesse, a titre gracieux ben entendu ! Les flics m'avaient tellement fait chie dans le Xinjiang que je n'avais aucun scrupule a profiter de mon statut de «victime de Yinxhiu» avec eux, fallait reequilibrer la balance ! Je ne restais qu'un jour a Kunming, le temps necessaire pour changer l'axe et tout les rayons de la roue arriere, avec du matos premier prix bien entendu ...en esperant que ce ne casse pas trop vite, Inch'Allah !

En repartant de Kunming le 19 au matin je n'avais plus que 9 jours pour rejoindre le Laos. Plus question de detour dans le sud sauvage, il me fallait filer vers le sud ouest directement. Et a nouveau retrouver la nationale 213 et/ou l'autoroute qui empruntait le meme itineraire pour cela. Pour donner le change, je prenais la rive ouest du lac en quittant Kunming. La route etait plus interessante car elle rasait une falaise sur plusieurs kilometres mais en contrepartie toute la partie finale etait en travaux et donc boueuse et hyper chaotique. Mes vetements et mon velo, tout propres apres mon retour force a Kunming, etaient completement macules de boue rouge bien visqueuse. Que du bonheur ! Je ne savais pas si j'avais vraiment gagne au change … Au niveau de Jinning, j'entrais sur l'autoroute au nez et a la barbe des flics en faction au peage. Il fallait que je degage au plus vite du secteur de Kunming que je commencais a bien connaître. L'autre raison pour laquelle je voulais prendre l'autoroute etait que j'allais m'appreter a traverser 3 vallees d'envergure. Quand on regarde une carte du Yunnan, on s'appercoit que la province est traversee par plusieurs grands fleuves Himalayens, tous plus ou moins parallèles qui coulent vers le sud est. Et chacun des ces fleuves creusent de profonds sillons dans la tres montagneuse province du Yunnan. A chaque fois il s'agissait de descendre puis de remonter entre 1000 et 1500m de dénivelés ! Avec l'autoroute et ses ponts suspendus je pouvais m'épargner une partie non negligeable de ces deniveles, sans compter que les montees etait bien plus progressives et que le revetement etait en bien meillleur etat que sur la 213. Je franchissais ainsi une nouvelle fois la vallee du fleuve Yuanyang sur un immense pont surélevé, le plus haut du monde soit disant selon les panneaux traduits en anglais, avant d'attaquer une longue ascension de plus de 30km. En 3 jours j'avais pas mal progresse et je me disais que j'allais pouvoir rejoindre la frontiere avec 3 ou 4 jours d'avance si je continuais a ce rythme. Alors que je me tatais pour quitter l'autoroute et prendre la 213 qui suivait un trace different pour une longue portion, des flics me priaient de degager de la voie rapide a Mojiang. Je repartais donc sur la route nationale aux allures de departementale. Accessoirement, j'apprenais que je venais de franchir le tropique du Cancer a Mojiang, encore un cap de franchi ! (en fait je l'avais deja franchi sans le savoir dans la grande descente vers Yuanyang 5 jours plus tot).

J'allais traverser les 2 autres vallees sur la 213 et forcement la progression allait s'averer bien plus compliquee. La 213 etait asphaltee dans son ensemble mais tres souvent defoncee, il me fallait zigzaguer en permanence pour faire mon chemin entre les innombrables nids de poule. D'autre part la route grimpait plutot sec des qu'il y avait de la montee au programme, maintes fois j'ai du descendre pousser le velo sur des potions trop difficiles. Par contre evoluer dessus avait neanmoins pas mal d'aspects positifs. En premier lieu, les paysages de coteaux boises, tantot de foret tropicale en fond de vallee puis progressivement de chataigniers et de pins a mesure que je prenais de l'altitude etaient particulièrement plaisants. Il y avait parfois des parfums de plantes a fleur dans l'air qui me changeaient radicalement des odeurs de gaz d'échappement des poids lourds ! L'autre bon point c'etait qu'il n'y avait pour ainsi dire aucun trafic sur cette route a l'abandon, quelques paysans a moto le matin et le soir tout au plus, il y avait longtemps que ca ne m'etait pas arrive en Chine ! J'avais vraiment l'impression que plus personne n'empruntait cette route, en temoignait le nombre incalculable de maison en ruine de part et d'autre de la route. Par contre au moindre hameau encore habite, j'etais systematiquement pris en chasse par tout les clébards qui cherchaient a me chiquer les mollets. Sur cette route aux pentes raides les chiens n'avaient certainement jamais vu de cyclistes et bien entendu leurs maitres ne jugeaient pas necessaire de les attacher avec un trafic quasi nul. Dans les descentes j'ai reussi, non sans déplaisir, a en allumer quelque uns a coup de pompe dans la gueule. Dans les montees par contre, j'etais oblige de descendre du velo, quand je n'etais pas deja en train de pousser du moins, pour les faire degager. Un soir, alors que je traversais un bled assez gros, le patron d'un restorant insista pour m'offir le repas, quand bien meme j'insistais pour payer, ca devait bien etre la premiere fois que ca m'arrivait en Chine ! Apres avoir franchi la derniere vallee, l'autoroute et la 213 se retrouvaient a nouveau cote a cote. Tandis que j'envisageais de retourner sur la voie rapide, celle ci fermaient car le troncon qui reliait Simao, 50 bornes plus loin, etait en travaux. Tout le trafic de l'autoroute avait bascule sur la petite nationale et l’ascension qui suivit fut infernale. Ce passage, fut de loin le plus mauvais souvenir de ma progression dans le sud Yunnan … et pourtant j’allais obtenir ma premiere hospitalite chinoise le soir meme.

A moins d’un kilometre du col precedant Simao, je m’arretais par defaut au niveau d’une sorte de motel pour routiers alors que la nuit tombait. Il m’avait ete impossible de trouver le moindre endroit pour dormir a l’ecart de la route et accessible a velo. Chaque espace non envahi par la foret dense etait occupe par des restaurants ou des hebergements cheaps et il ne me restait d'autres choix que de mettre ma tente a proximite de l'un d'eux. Alors que je deployais ma tente, le patron du motel vint me voir et me proposa aussi sec de pioncer a titre gracieux dans une des piaules de son etablissement (c'etait pas le Ritz loin de la mais au moins avec les murs ca limitait le bruit du trafic routier). Dans la foulée, lui et sa femme me proposaient de venir manger, toujours gratis, les restes du repas d'un groupe de travailleurs logeant ici. Il faut savoir qu'en Chine, les gens commandent generalement pleins de plats differents pour la tablee et tout le monde pioche dedans pour accommoder son riz. Il y a une autre coutume qui consiste a ne jamais finir ce qu'on a commandé, que ce soit son assiette perso ou les plats en communs. C'est incroyable le gaspillage que ca engendre parce que tout part a la poubelle la plupart du temps; exactement le genre de comportement qui me fout en l'air, moi qui vais a chaque fois nettoyer mon plat jusqu'au dernier grain de riz ! Ce soir la je me goinfrais de plusieurs mets delicieux sous le regard ébahi de mes hotes ! Ils refusaient mon pognon pour la bouffe, je commencais a me demander si j'etais toujours en Chine ! Je n'osais meme pas sortir mon article de journal de Chengdu, l'artefact magique, sinon ils auraient voulu me filer du fric si ca se trouve ! Dans le Yunnan, j'avais pris pour habitude de dormir dans les cimetières des zones rurales, a l'ecart des villages. En general il y avait des caveaux spheriques en pleine foret et l'endroit etait parfaitement propice au bivouac. En plus, aucun risque de se faire deranger la nuit car les chinois croient aux fantomes. Moi je preferais la compagnie des fantomes aux clébards qui jappent toute la nuit et aux clampins curieux a proximite des villages !


Apres Simao, je parcourais presque 100km de plat bosselé a travers les plantations de the et de bananiers du Xichuanbana, avant de rejoindre un secteur plus montagneux ou l'hévéa dominait. Toutes les forets du coin etaient transformees a perte de vue en espace utile pour la production du caoutchouc, chaque colline avait ses rangees bien ordonnees et symetriques d'heveas. C'etait vraiment etrange a contempler. J'etais suffisament redescendu en altitude pour retrouver un climat chaud et sature d'humidité: sous la pluie comme sous le soleil j'etais a nouveau totalement trempe ! Les 2 derniers jours en Chine je roulais mollement car finalement j'avais presque 2 jours d'avance sur la fin de mon visa. Je faisais le plein de bouffe au point de ne plus pouvoir charger dans les sacs a Mengla puis Mohan et me faisais plusieurs arrets aux restos, histoire de beneficier au maximum de la cuisine chinoise et surtout des tres bas prix. Tout le monde m'avait prevenu que tout les prix allaient gonfler considerablement par la suite, donc autant profiter une derniere fois ! Le 27 septembre je quittais la Chine pour le Laos, apres 4 mois tres intenses. J'avais un petit pincement au coeur car je commençais vraiment a apprecier le pays ...

Billet précédent :
dure reprise

Commentaires

Merci Sylvain de m'avoir fais passer un bon dimanche après midi à te lire.
Quelle éprouvante traversée de la Chine!
Pour quelqu'un qui ne voulait pas entendre parler de vélo au début, tu mérites incontestablement un grand prix. Celui qui récompense un voyageur qui désormais en connait un rayon.
Bravo et bonne continuation sur ton tour du monde...

phil

Tout ça mérite un grand respect !!! Pour notre part on a voyagé dans le Yunnan en transports en commun et c'est déjà loin d'être évident (surtout quand en plus on tombe à court de distributeur d'argent) alors j'imagine pas silloner led hautes montagnes en vélo ! Bravo

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