dure reprise

la transition entre la grande plaine du Sichuan et les montagnes du Yunnan, Chine part 10 (Sichuan, Yunnan) Chengdu → Kunming 27/08/2010 → 08/09/2010

Dans un premier temps, je devais me rendre a Leshan, la sous prefecture la plus proche de Chengdu, pour effectuer ma derniere extension de visa chinois. Par la suite je devais me rendre dans la prochaine province au sud, le Yunnan et me diriger sur Kunming. Apres Leshan, j'avais le choix entre 2 itineraires pour rallier Kunming: soit plein sud en retrouvant la nationale 213 ou un peu plus a l'ouest en empruntant la 108. Dans un cas comme dans l'autre, le programme allait s'averer plutot costaud en raison de dénivelés importants.
Quoi qu'il en soit, le trajet Chengdu-Leshan devait etre une formalite sur une portion plate de la grande plaine centrale du Sichuan. Mais l'affaire fut un peu plus compliquee, essentiellement pareceque je passais mon temps a me perdre. En 2 jours j'ai bien du faire 200km au lieu des 130 prevus ! Trois raisons a cela : je n'avais pas de cartes dignes de ce nom du Sichuan ou de la region du moins, la region en question etait intensement peuplee et il y avait des localites partout et des routes qui partaient dans tout les sens pour les desservir et enfin a cause de la signalisation déficiente. A l'exception des autoroutes rien n'etait indique clairement, a certains carrefours importants les panneaux n'indiquaient que les bleds suivants et non les villes. Difficile de s'y retrouver sans bonne carte quoi ! Deja, pour sortir de Chengdu, il m'avait fallu plus de 3h a tourner en rond et faire plein de demi tours dans la banlieue sud avant de trouver la route provinciale. Rebelote le lendemain apres Meishan, je prennais la mauvaise direction sur l'autre rive d'un fleuve et me voyais contraint d'evoluer par la suite a la boussole sur des pistes en terre toutes niquees. Au moins j'avais l'opportunite de decouvrir l'arriere pays des campagnes du Sichuan central, ca me changeait de la grande metropole qu'etait Chengdu. Ici, fini la parenthese de modernite et de mode de vie a l'occidentale, j'avais a nouveau sous les yeux le bon vieux cliche de la Chine rurale avec ces legions d'agriculteurs vetus de l'ancienne tenue reglementaire et de la casquette Mao, qui allaient vaquer a leurs taches habituelles dans les rizieres. Les gens me lancaient a nouveau des «Ralooo, hu, hu, hu» comme d'habitude mais desormais c'etait bien plus souvent parcequ'il y avait plus de monde ! Dans les derniers km avant Leshan j'avais une crevaison puis plus tard je petais un rayon de la roue arriere et finissais la distance avec cette derniere voilee. A Leshan, la procedure pour l'extension de mon visa dura 2 jours ouvres et me faisait perdre 1 jour sur les 30 nouveaux (sans doute parce que je m'etais presente le dernier jour de mon visa) … ca aurait pu etre pire mais j'avais connu meilleure fortune a Golmud auparavant, sans doute que Leshan est encore trop proche de Chengdu et bien trop grosse pour avoir des PSB conciliants.

Pour m'eviter les memes deboires que sur la portion Chengdu-Leshan, je prennais en photo avec mon APN des vues de google map sur tout mon trajet jusqu'à Kunming (avec une echelle assez petite pour avoir de la precision et les denivelles j'en avais une bonne trentaine de cliches). Je renouais avec mes bons vieux procedes d'Asie centrale en somme car j'avais traverse du Turkmenistan jusqu'à Kashgar avec des cliches google map en guise de carte. Pas rancunier, je decidais d'opter pour revenir sur la route 213 et de gagner le Yunnan par le nord est. Ce premier jour je roulais sur du plat pendant pres de 70km, en longeant l'enorme fleuve boueux gonfle par les pluies du mois d'aout avant d'attaquer les premieres bosses dans l'apres-midi. Depuis que j'avais quitte Chengdu, j'evoluais desormais dans des conditions quasi tropicales. Malgre mes 10 jours d'arret a Chengdu, je n'etais pas parvenu a m'acoutumer a cette chaleur humide et je degoulinais de sueur en continu. Meme si je ne transpirais que du haut du corps la gravite se chargeait de me mouiller jusqu'au genoux ! La pluie faisait son apparition aussi, rarement plus d'une heure mais plusieurs fois par jour. Pas moyen d'etre sec ! A partir des premieres pentes les exploitations agricoles laissaient progressivement la place aux zones boisees et je decouvrais avec plaisir la foret sub-tropicale de part et d'autre de la route, l’enfer vert enfin ! Ca grimpait pas mal, pas trop pour que j’ai a descendre pousser le velo mais suffisamment pour rappeler a ma vielle carcasse qu’il allait falloir se remettre au boulot. En tout cas je savais que le plat n’etait pas au programme au Yunnan, ca me mettait dans le bain.

Apres la redescente du col pour rejoindre la riviere Jinsha, je devais basculer au Yunnan. Enfin je devais pouvoir initialement continuer au Yunnan mais la route nationale 213 s'arretait a la fin du Sichuan dans un petit bled paume ! Je ne m'attendais vraiment pas a pareille configuration d'autant que j'avais pas loin de 3 differentes cartes (une chinoise, une anglo-chinoise et les vues google map) qui m’indiquaient clairement que la 213 traversait la riviere pour la suivre sur l'autre versant une dizaine de km avant de s’enfoncer au sud par une vallee etroite. Pour une fois que j’avais des bonnes cartes, merde ! Je continuais donc a remonter le cours de la Jinsha vers le sud ouest, toujours cote Sichuan. La vallee de la Jinsha etait absolument magnifique: une large gorge verdoyante au fond de laquelle serpentait une large riviere boueuse en crue. Malgre la pluie qui tombait dru et le fait que j’etais en quelque sorte perdu je profitais d’un cadre somptueux, au moins il y avait un cote positif a ma galere ! D’apres ce que je pouvais constater en recoupant mes cartes, je pouvais rejoindre l’autre nationale 108 en traversant tout le sud ouest du Sichuan mais les routes en question n’avaient pas l’air d’etre des axes vraiment empruntes, je risquais de m’engager sur des routes merdiques. J’avais la confirmation de mes doutes lorsque je croisais un groupe de cyclistes australiens qui faisaient une boucle dans le Sichuan. Ils m'expliquaient que je me dirigeais dans un secteur ou les routes n'etaient pas asphaltees et qu'une longue portion de 200 km etait completement defoncee et boueuse avec des deniveles tres importants … oh misere ! Une vingtaine de km plus loin, j'appercevais un enorme pont qui traversait la Jinsha avec une route toute neuve qui partait plein est (pas sur ma carte). Je decidais de l'emprunter pour tenter ma chance au Yunnan dont je possedais une carte plus detaillee (qui m'avait ete offerte par l'unique cycliste chinois rencontre dans le Xinjiang 2 mois plus tot).

L'ascension qui suivit sur l'autre rive etait un peu raide mais pas trop, la route toute neuve avait ete batie pour les poids lourds manifestement. Le soir je m'arretais au terme de la montee, a cote de l'entree d'un tunnel creuse dans une falaise, synonyme de redescente imminente de l'autre cote ! Le lendemain, je redescendais sur la vallee de la riviere Daguan et retrouvais l'espoir car je savais qu'une bonne route provinciale remontait tout son cours et devait rejoindre la 213. Comme la vallee de la Jinsha, celle de la Daguan etait aussi charmante quoique plus petite. La route provinciale 325 par contre n'etait pas de tout repos, pres de 70km de montee et descente perpétuelle quand bien meme la route longeait la riviere. A partir d'un moment, l'autoroute 40 empruntait la vallee, et la route 325 devenait bien moins pratiquable, a la limite de l'abandon car certains éboulis anciens avaient emporte de grande portions de cet axe et n'avait pas ete remis en etat. Dans la longue ascension vers Zhaotong je retrouvais la nationale 213. En fait de route nationale il s'agissait d'une piste pavee large de 3 m parallèle a l'autoroute ! Passe 2h a rouler dessus je cherchais un moyen a entrer sur l'autoroute: une route defoncee qui monte et qui descend en fonction des petits bleds a desservir avec toute les 2mn un minivan taxi qui passe a bloc comme des batards en klaxonnant, a choisir je preferais l'autoroute. Je finisais par trouver un grillage mal ferme, je pedalais desormais sur l'autoroute … je n'allais plus la quitter jusqu'à Kunming 5 jours plus tard ! A l'exception de l'autoroute, tout les axes etaient deglingues et faisaient des deniveles pas possible. Perche sur la voie rapide j'avais une bien meilleure vue sur les montagnes et y rouler etait bien moins dangereux que sur la 213. D'autre part personne ne klaxonne sur les autoroutes ! En fait d'autoroute, elle ressemblait d'avantage a une grosse nationale car il n'y avait que 2 voies et pas de bande d'arret d'urgence, seul les ponts sureleves qui permettaient de traverser les vallees profondes et certains longs tunnels devait justifier ce statut dans une region aux reliefs si prononces.


Je sortais de l'autoroute a Zhaotong pour y faire des courses et y retournais aussi sec en profitant de l'inattention des flics au peage. Je reprenais ma route, ou mon autoroute plutot, pour Kunming et finalement y progresser se revelait agreable. Plus question de foret tropicale desormais car je restais presque toujours au dessus de 2000m d'altitude, il y avait desormais surtout des sapins. Plus de moustique non plus, je pouvais dormir avec la tente sans devoir me planquer sous ma moustiquaire le soir tombe. Il pleuvait toujours avec la meme frequence mais il faisait plus frais donc je pouvais secher quand le soleil refaisait son apparition sans degouliner de sueur comme auparavant. Quelque fois le vent soufflait puissamment aussi, de face bien entendu, et j'en chiais pendant quelques heures mais ca finissait par retomber tot ou tard. Avec l'altitude les paysages etaient moins exotiques que ce que j'avais connu dans les premiers temps au Yunnan mais ils n'en demeuraient pas moins inintéressants car l'autoroute empruntait souvent des vallees tres peu peuplees et plus sauvages. La chose la plus compliquee au final etait de trouver un endroit ou dormir la nuit car l'autoroute etait la plupart du temps fermee par une cloture métallique. Si j'empruntais une sortie je tombais sur des villages, pas l'ideal pour dormir discretement a moins de s'eloigner de plusieurs km, et je risquais de ne plus pouvoir retourner sur l'autoroute si des flics me choppaient au peage. Bref, il fallait que je pedale jusqu'à trouver un endroit sans cloture a franchir et qui debouchait si possible dans un espace calme loin de l'autoroute. Pres des forets en general je trouvais toujours mon bonheur ou dans le pire des cas dans un champs proche de la voie rapide, car les paysans du coin demontaient souvent les grillages pour acceder a leur terres depuis l'autoroute.

Car meme si je restais tout ce temps sur l'autoroute, je croisais souvent des ploucs qui y deambulaient a pied, en particulier dans les secteurs agricoles. En fait je crois bien n'avoir jamais vu autant de pietons sur une autoroute, des fois meme il y avait des gosses qui jouaient derriere les glissieres de securite ! Pour me ravitailler en eau je n'avais aucuns problemes car il y avait toujours regulierement des types assis au bord de l'autoroute avec des tuyaux crachant de la flotte suspendus a des batons a cote d'eux. Ils avaient dispose un tube sur un petit cours d'eau des pentes environnantes et lavaient les nombreux poids lourds avec moyennant quelques yuans. Les innombrables chauffeurs de camions fesaient l'objet de toute une economie parrallele au bord de l'autoroute, que ce soit des villageois qui vendaient leurs fruits et legumes ou des restaurants construits a la va vite en planches de bois sur les aires de stationnement collees a la route. Sans vraiment forcer je progressais assez vite vers Kunming (en faisant desormais des kilometres «efficaces» forcement) sans avoir eu besoin de tenter une «sortie» pour me ravitailler en bouffe. La veille de mon arrivee je trouvais difficilement un emplacement ou dormir a la sortie de Songming en devant descendre quelques metres bien pentus derriere la glissiere de securite. Dans l'operation pour deplacer mon materiel et mon velo, je cassais a nouveau un rayon de la roue arriere et m'obligeant a repartir le lendemain avec la roue voilee … il fallait que je me decide a acheter des rayons et les outils specifiques a l'operation a Kunming !


A Kunming je m'arretais a l'auberge de jeunesse et retrouvait Martin, un cycliste allemand croise alors que je grimpais le col d'Irkeshtam au Kirghizistan plus de 3 mois plus tot alors que je marchais vers la frontiere chinoise. Le monde est petit ! Je restais 5 jours a Kunming, le temps de reparer plusieurs petits problemes de mon velo et de mettre la main sur les outils qui me manquaient (j'ai finalement reussi a trouver une pince multiprise, outil presque introuvable en Chine). Je faisais egalement une derniere tentative pour essayer de convertir mon visa touriste en visa etudiant mais sans succes: j'avais reussi a trouver une universite qui acceptait de me prendre comme etudiant «fictif» et de me sponsoriser mais je butais sur l'écueil de l'adresse fictive pour le permis de sejour … tant pis. Rester a l'auberge de jeunesse me donnait l'occasion de cotoyer massivement des occidentaux (et pas mal de francais) mais je ne me sentais pas vraiment d'atomes crochus avec la plupart de ces gens plantes en permanence devant leurs ordinateurs portables, cramponnes a leurs guides de voyage comme le Lonely Planet et employant constamment des gros mots dans leur discours comme «bus», «train» ou «avion» … je me sentais comme un etranger pour le coup. Heureusement il y avait quand meme des «voyageurs professionnels», des saltimbanques ou tout simplement des originaux avec qui je me sentais plus proche. L'ideal etait de rencontrer des cyclistes provenant de l'Asie du sud est pour obtenir des informations sur ma route future, ou plutot me suggérer de meilleures options que celle que j'avais choisi.
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