la dure loi du desert

ma "traversee du desert" au sens propre comme au figure, Chine part 3 (Xinjiang) Kargilik -> Hotan 21/06/2010 -> 28/06/2010

Passe Kargilik, le desert du Taklamakan reprenait ses droits. Jusqu’a Hotan il n’y avait que des poches de verdure,  telles des oasis, essentielement a proximite des quelques rivieres qui descendaient du massif du Kun Lun au sud. Il fallait parfois effectuer plus de 80km de desert avant d’atteindre le prochain village. Ce n’etait ni plus ni moins ce qui m’attendait dans un premier temps avant de rejoindre Pishan. D’entree de jeu j’etais face a un probleme majeur car je buvais pres de 10 L d’eau par jour et je ne pouvais effectuer qu’entre 30 et 40 km maximum quotidiennement. Pour pareille distance je risquais de me trouver a court d’eau a mi distance, et la perspective de rester sur la route pour faire l’aumone et recevoir a chaque fois une micro bouteille de 50 cl ne m’enchentait pas du tout.

Je pris donc la decision de marcher “a la fraiche”, de nuit quoi, pour economiser mon eau. Je n’ai pu faire ce choix que grace a la voie ferree en construction. D’une part parcequ’il n’y avait que l’assise de construite, sans balast, et je pouvais marcher dessus tranquillement du crepuscule a l’aube et surtout parceque j’avais l’opportunite de dormir de jour dans un des innombrables passages pour ravines qui presentaient l’immense avantage d’etre en permanence l’ombre. Par chance j’ai beneficie pendant cette periode d’une meteo tres calme et marcher de nuit ventile en permanence par un petit vent frais etait du pur bonheur. Dans cette premiere partie le desert etait absolument plat. On distinguait vaguement au nord quelques reliefs mais je n’evoluais que sur une longue etendue de sable et de cailloux. Il n’y avait pour ainsi dire rien du tout, rien qui ne puisse survivre dans ces contrees hostiles … a part les mouches. Des mouches en quantite incroyable et qui se refugiaient la plupart du temps a l’ombre dans les passages de ravines. Elles etaient surtout attirees par mon sac a dos, et particulierement la partie en contact avec mon dos qui etait completement trempee. A chaque pause, il y en avait une bonne centaine posees dessus. Mais lorsque celui ci devenait sec, c’est a dire tres rapidement dans cette fournaise archi seche, je devenait leur cible. Et si je n’y prenait pas garde, ces bestioles assoiffees et affamees essayaient de me piquer pour me sucer du sang ! Pas question de dormir sans moustiquaire donc. L’assise de la voie ferree s’est averee parfaite pour evoluer a pied jusqu’a ce que je rencontre mes premiers cours d’eau car les ponts n’avaient pas ete construits. Ces petits torrents boueux issus manifestement d’orages dans les hauteurs des montagnes Kun Lun, drainaient enormement de sable et les traverser, de nuit qui plus est, n’etait pas une mince affaire. Lors de l’une de mes traversees je m’etait retrouve embourbe jusqu’a mi-cuisse dans le sable trempe, bonjour le stress ! Il m’a fallu retirer en urgence le sac a dos et ramper sur le ventre pour m’echapper de ce piege.

Arrive a Pishan, je repassais en marche de jour. Pour me ravitailler d’une part et parceque pour quelques jours les villages n’etaient plus espaces que de 20 a 40 km les uns des autres. Cependant les zones desertiques avaient change de configuration, desormais il n’y avait que des dunes de sable a perte de vue. J’avais quitte la voie ferree pour rejoindre la ville de Pishan, a pres de 10 km plus au nord, et pour continuer ma route vers l’est il me fallait traverser des zones desertiques en hors piste complet. Marcher de jour sous le soleil dans une mer de dunes ne fut pas particulierement chose aisee: non seulement la chaleur etait intense mais en plus je devais me farcir du relief sur un sol instable. Je crois bien avoir bu plus de 12 L d’eau ce jour la ! La gestion de l’eau etait devenu pour moi bien plus qu’une priorite, une obsession pour ainsi dire. A la moindre opportunite je filtrais l’eau que je trouvais pour faire le plein de mes bouteilles, en prennant soin de me gaver de 2 bon litres avant cela. A la difference de ma premiere semaine apres Kasgar, je n'etais plus trempe integralement de sueur, a part le dos bien entendu. Dans le desert, tout s'évapore a une vitesse incroyable et mes vetements etaient secs mais raides de sel. Je pouvais tremper mes vetements dans de l'eau et les renfiler sans meme les essorer car ils devenaient secs en moins de 15mn ! Question hygiene, il m'etait bien plus facile de me laver ou de rincer mes fringues dans le desert que dans les zones agricoles precedentes avec tout les curieux qui me collaient le train. A chaque torrent, meme boueux, voire mieux dans les rares flaques issues des orages anterieurs je ne ratais pas une occasion de me raffraichir.


Un soir, alors que je sortais extenue d'un secteur de dunes de 30 km, je traversais un petit bled d'agiculteurs proche d'une riviere. Il etait plus de 21h et il me restait une heure de clarete pour m'en eloigner et trouver un endroit peinard ou dormir discretement. Alors que je deambulais dans ce qui etait le centre de la localite, un type d'une quarataine d'annees roulant a mes cotes sur sa moto m'interpela plusieurs fois dans son dialecte d'un ton particulierement agressif. Pas specialement enclin a lui repondre, je lui indiquais en guise de reponse ma montre et de la main le fait que je quittais le village. Tout en continuant a me coller, je le voyais telephoner avec son portable. Je savais deja ce qui allait se passer. A peine 2 mn plus tard, une fourgonnette de police deboulait dans la rue avec 2 flics a son bord dont un, le conducteur, ressemblait beaucoup au motard pot de colle. Ils descendirent de suite a ma hauteur et le «frangin» me fit signe de monter dans le fourgon d'un air menacant comme si j'etais Mesrine en personne. A ce moment, alors que j'avais toujours conserve un calme olympien et a aucun moment trahi le moindre signe d'énervement , j'explosais littéralement d'une colere noire. Je hurlais au flic en turc: «C'est quoi le probleme ? C'est interdit de marcher dans ce village ?», puis je me tournais vers le motard et lui criais dessus: «toi tu appelles la police pour moi ? Merci au nom d''Allah, merci au nom d'Allah !» (avec le doigt pointe en l'air) avant de lui cracher a la gueule ! Tout le monde etait meduse, flics inclus, et j'entrais dans le panier a salade sans que personne ne reagisse. J'etais conscient qu'avec ma longue barbe je pouvais passer pour un musulman et il n'etait pas question que l'autre balance s'en tire aussi facilement. Forcement, comme a l'accoutumée lorsque je traversais un bled, il y avait du monde pour m'observer, et avec l'arrivee des poulets une bonne foule de curieux s'etait constituee. Au moins j'aurais pu humilier publiquement un connard local, qui parce que son frere ou son cousin, qu'importe, etait flic se prenait pour un type important et tenait a le faire savoir, quitte a me foutre dans la merde ! Personne ne reagira d'aucune maniere, meme la balance, et tout le monde se contentait de me regarder betement, comme d'habitude avec les ouïghours si j'ose dire. Je savais exactement ce qui allait se passer (j'avais deja eu mon lot de controles au Xinjiang depuis Kashgar) et l'heure tardive jouait en ma defaveur. On me conduisit donc dans un petit poste de police d'un gros bled a 15km au nord … j'allais y glander pres de 5h. Comme prevu, personne ne savait lire un autre alphabet que l'arabe ou le chinois et il a fallu attendre qu'un guignol du chef lieu du district daigne se deplacer pour faire les photocopies des bonnes pages de mon passeport … En attendant, il m'a fallu faire du «social» avec les flics du commico, en turc essentielement (tous en fait sauf le «frangin» qui boudait ailleurs manifestement), avant de m'endormir sur ma chaise. Vers 1h du mat, on me reveillait car un grade du comte venait d'arriver. Passe les explications et les photocopies, le galonne me declarait qu''ils allaient me conduire a un hotel de Pishan (la ville ou j'etais passe 2 jours auparavant) … c'en etait trop, je laissais a nouveau eclater ma colere. Je leur expliquais qu'il etais hors de question que je les suive ou alors aux seules conditions qu'ils me payent l'hotel et qu'ils me ramènent le lendemain matin a l'endroit precis ou ils m'avaient arrete. Je les sentais désemparés face a ce «touriste» recalcitrant car ils essayerent, avec l'aide d'une interprete anglophone au telephone, de me convaincre successivement par des amabilites puis par l'intimidation de monter dans leur bagnole. Bien que totalement epuise et affame, j'etais fermement decide de retrouver le cours normal de mon voyage et il etait absolument hors de question que l'on m'impose quoi que ce soit. Je n'avais enfrein aucune loi que je sache et je me retrouvais dans la merde par leur faute. Je ne me suis pas prive de le faire savoir a l'interprete (j'ai du niquer le forfait du tel du flic!) et meme d'avantage avec la fatigue et la colere, et celle ci de me repondre a moitie hilare qu'elle allait traduire mon «opinion» mais en édulcorant un peu ! Au final, les flics me reconduisirent vers 2h30 du mat a l'entree du bled ou ils m'avaient arrete plus tot. Aussitôt sorti de leur bagnole, je m'eloignais vers les premieres dunes au loin pour y placer ma tente. Les flics sont bien tous les memes, ils n'aiment pas et de toutes facons ne comprendront jamais les vagabonds (bon, a part en Ouzbekistan).

Les jours suivants, je poursuivais ma route vers Hotan mais desormais sur la nouvelle route en chantier plutot que sur le batis de la future voie ferree. Elle etait tres pratquable et absolument vide de bagnoles. Il egalement plus facile de se ravitailler en eau grace aux campements des ouvriers. Ces derniers comprenaient que j'avais besoin de plusieurs litres d'eau pour progresser a pied en plein cagnard, etant eux memes confronte aux difficiles conditions de l'activite physique dans ce desert. Partout ailleurs on ne me tendait en tout et pour tout qu'une miserable bouteille de 50cl ! C'est aussi pendant cette periode que j'allais essuyer ma premiere vrai tempete de sable. Un soir de grand vent, je m'inquietais de la presence de gros nuages sombres a l'ouest et decidais de monter ma tente a un bon emplacement avant que les elements ne se dechainent. J'avais encore a l'esprit les orages monumentaux de l'apres Kashgar avec le ravinement massif a la cle et je choisissais naturellement un endroit tres surélevé sur un gros talus, en prennant soin de lester le maximum avec de grosses pierres. Finalement, l'emplacement ne s'averait pas du tout judicieux car il s'agissait d'une tempete de sable a l'approche. Quelques minutes avant la deferlante, j'ai eu tout le loisir de contempler la masse sombre qui progressait a grande vitesse dans ma direction, telle une nuee ardente volcanique. C'etait assez flippant faut bien le reconnaître. La tempete allait durer de 20h jusqu'à 5h du mat: du vent particulierement puissant soufflant par bourrasques et du sable en continu. Du sable qui rentrait partout dans ma tente, dont l'habitacle ne fermait plus, en s'abattant par salves successives. A l'usure, je finissais par m'endormir avec ma chemise enroulée sur le visage. Au reveil j'avais entre 1 et 5 cm de sable a l'interieur ! Je crois bien avoir passe plus d'une heure a tout secouer pour virer le sable de la tente et de mon materiel. Le tout sous le regard de ploucs ouighours bien entendu. Les memes qui m'avaient vu monter ma tente juste avant la tempete et qui etaient partis a la fin du «spectacle» se mettre a l'abri dans leurs maisons. Je sais bien que l'hopitalite n'existe pas en Chine, meme en terres musulmanes, mais j'ai trouve l'attitude de ces mateurs la completement deplacee, ils ne savent qu'assouvir instinctivement leur curiosite en ricanant et rien d'autre … J'avais envie de les chasser a coup de pieds au cul mais leur tourner sciemment le dos semblait d'avantage les gener pour qu'ils puissent reluquer sans se prendre du sable dans la gueule. Jusqu'à Hotan, j'allais encore subir 2 autres tempetes de sable nocturnes et du coup ca m'avait plutot decourage de retenter l'experience de la marche de nuit. De toutes facons, il n'y avait plus d'abris pour dormir a l'ombre la journee pendant la fournaise.

Pour conclure cette semaine, lors de ma derniere journee de marche j'allais a nouveau tater de la police chinoise. Tandis que j'approchais d'Hotan dans la zone rurale qui la precede, j'ai eu droit a pas moins de 4 controles d'identites en l'espace de quelques heures avec interrogatoire et fouille du sac ! Je les ai tous eu: le flic de village, les flics en patrouille motorisee, les PSB (les flics charges des etrangers, normalement bases en ville) et enfin, cerise sur le gateau les RG chinois en civil, rien que ca ! Ca commencait a fairer beaucoup mais je ne me suis pas énervé cette fois ci car les officiers feminins chargees de traduire etaient particulierement mignonnes … En fait j'arrivais en ville la veille de l'anniversaire des soulevements d'Urumqi (la grande majorite des emmeutiers etaient originaires d'Hotan m'a t'on appris plus tard) et toutes les forces de l'ordre etaient sur les dents … surtout quand un grand type barbu deboulle avec un enorme sac a dos !
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