Volontariat

mon sejour d'un mois au centre ACCB comme travaileur volontaire, Cambodge part 4 Kbal Spean 22.11 - 22.12.2010

Un mois de volontariat, ca valait bien un chapitre entier. Une experience somme toute interessante meme s'il y a eu du bon et du moins bon. Il s'agissait d'une premiere en ce qui me concernait et peut-etre bien une derniere car quelque part je me suis rendu compte que je  n'etais plus fait pour le monde du travail. Pas par paresse, certainement pas, mais plutot parceque mon existence de vagabond m'a habitue a une grande liberte que le travail organise ne tolere guere.
Je passais ainsi un mois ferme au centre ACCB de Kbal Spean, implante dans le parc national de Phnom Kulhen entre 2 colines et en pleine jungle. Le site de Kbal Spean est particulierement repute pour etre la source de la riviere qui alimente en eau les reseaux des plus fameux edifices d'Angkor. L'endroit est tres touristique car les rochers aux alentours de la source en question sont ornes de splendides gravures. Jour apres jour des bus et des tuk tuks venaient regulierement deposer des touristes presque a flux tendu ! Les environs sont egalement renommes pour avoir ete pendant tres longtemps un fief khmer rouge, un poste strategique pour ainsi dire (Pol pot etait originaire d'Anlong Veng 70 km plus au nord). Les forets environnantes etaient encore copieusement garnies de mines anti-personnel et a vrai dire personne ne s'aventurait hors des sentiers battus a moins de vouloir se suicider. Le centre ACCB a proprement parle etait situe quelques centaines de metre avant la riviere et etait entierement cloture (avec du grillage et barbeles jusqu'a 3m de haut, a premiere vue ca pouvait laisser penser qu'il y avait une base militaire !). Il s'agissait d'un centre de preservation pour especes menacees ou animaux en voie de disparition, la plupart du temps captures par des villageois ou tout simplement trouves blesses. Il y avait essentiellement des singes, des oiseaux de grand gabarit, des serpents, des tortues et des pangolins. La grande majorite de la surface du centre etait occupee par des cages et des enclots pour animaux, il restait encore des portions de foret vierges entre. Enfin il y avait quelques batiments. Ceux la meme ou j'allais passer l'integralite du mois soit a peindre soit a rediger devant un ordi, rien d'autre. En ce qui concernait les gens il y avait le staff, 3 personnes avec Markus, un biologiste allemand comme directeur, les volontaires, 4 puis 3 personnes moi inclus et enfin une bonne quinzaine d'employes khmers, tous originaires du village de Khun Ream tout proche. Ces derniers s'occupaient globalement des taches subalternes (jardinage et terrassement pour les garcons, nettoyage et alimentation des animaux pour les filles). Ces khmers etaient particulierement jeunes, theoriquement ages entre 18 et 25 ans mais en l'absence d'enregistrement d'etat civil (le pays n'etait sorti de la guerre civile que depuis quelques annees) certains s'etaient donne l'age qu'ils avaient envie ou besoin de se donner ! Je sais bien que les asiatiques, et les cambodgiens notament, fesaient moins que leur age mais lorsqu'ils etaient tous reunis j'avais l'impression d'avoir une classe de lycee sous les yeux !

Concernant mon boulot a proprement parler, il y avait 3 batiments a repeindre exterieurement. Le premier, de loin le plus facile, n'avait pas d'etages et fut termine en moins d'une semaine. Les 2 autres par contre etaient des maisons, dont une au trois quart en bois, construites a la maniere khmere, c'est a dire sur pilotis avec une petite base au rez de chaussee et grimpaient jusqu'a 9 m pour la plus haute. J'avais avec moi mes 2 comperes cambodgiens Sopir et Igne (aucune idee de l'orthographe exacte) puis sur la fin un 3eme, Lon, vint se greffer a l'equipe. Sopir, le plus mature de ma bande, parlait partiellement anglais et me servait d'interprete la plupart du temps meme si on arrivais toujours a se comprendre en communiquant par gestes. Ils etaient vraiment tres gentils, des vraies cremes pour ainsi dire et j'ai vraiment apprecie de travailler en leur compagnie meme s'ils etaient parfois dissipes et pas specialement du genre a bosser d'arrache pied. Igne piquait souvent un roupillon pendant quelques heures tandis que Lon maitrisait l'art de se planquer pour glander ! Mais a vrai dire ca ne me derangeait pas, car meme si je dirigeais les travaux je n'avais pas l'intention de jouer au chef. Je l'avais ete pendant presque 10 ans par le passe et il etait hors de question de recommencer, surtout comme simple volontaire. J'etais aussi au Cambodge et c'etait a moi de m'adapter au rythme de travail local, tranquille sans stress et avec beaucoup de pauses, adapte a la fournaise tropicale en somme. Je me debrouillais pour montrer l'exemple mais aussi en leur faisant comprendre que je ne restais qu'un mois et que plus les travaux avancaient pendant ce temps, moins ils auraient a en faire apres mon depart. Sopir a tres vite compris ce dernier point, d'autant qu'il allait manifestement me succeder comme responsable au terme du mois et motivait ses comperes bien mieux que moi !

Autre grand chantier qui m'incombait: la construction des echafaudages pour acceder aux parties les plus hautes. Pas question de normes de securite europeennes pour le coup (en Europe, seules des societes qualifiees sont habilitees a en batir et uniquement en metal) car il fallait que je me debrouille pour les construire avec des troncs d'arbres de 15 a 5 cm de diametre et de 5m maxi de long. Et le moins possible tant qu'a faire car il fallait les acheter dans un village proche, il etait bien evidement interdit de couper des arbres dans le parc naturel. Le staff avait vu des khmers en faire un lors de la construction d'un des batiments et etaient persuades qu'il etait facile d'en batir un ... les cours de mecanique ne devaient pas etre au programme des ecoles de biologie ou de management manifestement ! J'ai donc pris soin de construire 2 echafaudages avec mes gars en essayant de repartir au mieux les charges et en placant suffisamment d'etais et de renforts pour que l'ensemble soit stable. Contrairement aux cambodgiens je ne crois pas a la reincarnation et il etait hors de question que ca se pete la gueule avec moi ou qui que ce soit dessus ! Avec ces echafaudages, les travaux progresserent rapidement par la suite, il fallait juste les deplacer a chaque fois pour attaquer une autre facade (meme si deplacer un echafaudage est une heresie en matiere de securite !).

En gros mon existence se borna a 2 choses pendant ce mois: travailler sur les chantiers de peinture la journee puis enchainer directement en soiree sur mes propres travaux de redaction. On m'avait prete un vieux laptop sans batterie (uniquement alimente par une prise quoi) assez lent mais il convenait parfaitement pour l'ecriture. Luxe incroyable pour un truc aussi paume au milieu de la jungle, il y avait egalement internet grace a une antenne wifi installee dans le centre. Le seul ennui c'etait qu'il n'y avait pas l'electricite dans le coin et le generateur au gasoil etait coupe a 21h. Ce qui me laissait en tout et pour tout 3-4 h pour rediger, me doucher et bouffer. Le reste du temps je n'avais plus qu'a lire des bouquins avec une lampe. C'etait d'autant plus frustrant que je suis plutot du soir pour rediger et que passe 21h il n'y avait plus personne dans le repertoire ou l'ordi etait installe. Au bout d'une semaine j'apprenais qu'il y avait un panneau solaire dans le batiment voisin et j'obtenais finalement une rallonge une semaine plus tard. A partir de ce moment, j'ai pu vraiment avancer dans mes travaux au point de ne dormir que 3h par nuit la derniere semaine pour rattraper le temps perdu. Dans ces conditions je n'ai pas vraiment pu me lier avec les autres volontaires qui logeaient dans le meme batiment que moi. A vrai dire le terme exact serait plutot "cohabiter" car je n'avais pas particulierement d'atomes crochus avec les autres. D'une certaine maniere, un vieux vagabond n'avait que peu de points communs avec de jeunes carrieristes venus au Cambodge pour augmenter leur valeur ajoutee sur le marche du travail pour certains ... Il y avait aussi cette ambiance tres "germanique" avec son organisation tres ordonnee qui me tappait sur le systeme a la longue. Ca fesait trop longtemps que j'avais pris gout a la liberte pour pouvoir m'accoutumer d'un cadre aussi strict, il fallait demander la permission pour un oui ou pour un non. Bonjour l'ambiance carcerale ! Bon ce n'etait pas l'enfer, loin de la, et j'avais quelque fois des discussions avec certains mais dans l'ensemble c'etait surtout pour echanger des banalites. En fait j'avais bien plus de complicite avec les khmers qui travaillaient avec moi malgre la barriere du language.
 
Au final je quittais le 22 decembre le centre ACCB (mon visa se terminait le 24) avec des sentiments partages: j'etais heureux de retrouver a nouveau ma liberte et de pouvoir errer et disposer de mon temps a ma guise mais quelque part je serais bien reste 1 ou 2 semaines de plus pour terminer ma redaction et aussi les travaux de peinture. A mon depart, un quart du dernier batiment avait ete repeint et ca m'ennuyait de partir avec un travail inacheve. Je ne doutais pas une seconde que Sopir et les autres allaient finir sans probleme le boulot. Quelque part on avait tous appris et develope les competences de peintres (et de batisseurs d'echafaudages !) pendant ce mois, mais j'aime bien finir ce que je commence ! Quoi qu'il en soit j'etais libre a nouveau et la Thailande m'attendait 100 km plus loin, ce pays sans mines antipersonnel, avec bien moins de rizieres et desormais en pleine saison seche !
Billet précédent :
En route vers Angkor

Commentaires

Chouette experience khmere! Je suis super impressionnee par les echafaudages en bois que vous avez fait, c'est vraiment du beau boulot!
Notre site deconne un peu et je n'ai toujours pas reussi a mettre ton site en lien, ca craint... mais j'y pense toujours et comme il parait que tout vient a point a qui sait attendre... Tu dois bien avoir appris ca au fil de tes longues marches... bonne coninuation en tous cas, un abrazo grande de Younnecloe desde Buenos Aires!

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